Accessibilité au logement pour les jeunes au Canada : une génération qui attend
Tendances & société · 7 juin 2026 · 7 min de lecture
Pour la première fois dans l'histoire récente, les jeunes Canadiens accèdent moins à la propriété que leurs parents et grands-parents au même âge. Entre prix records, banque papa maman et phénomène Tanguy, portrait d'une génération qui voit le rêve immobilier s'éloigner.

Pour la première fois dans l'histoire récente, les jeunes Canadiens accèdent moins à la propriété que leurs parents et grands-parents au même âge. Entre prix records, banque papa maman et phénomène Tanguy, portrait d'une génération qui voit le rêve immobilier s'éloigner.
Un renversement historique
Pendant des décennies, chaque nouvelle génération de Canadiens était plus susceptible d'être propriétaire que la précédente, au même âge. Cette logique vient de s'inverser.
Selon une étude de Statistique Canada publiée en mai 2026, 49,9 % des millénariaux étaient propriétaires de leur logement en 2021, contre 56,2 % en 2006 et 55,9 % en 1991. Autrement dit, les jeunes d'aujourd'hui accèdent moins à la propriété que la génération X et les baby-boomers lorsqu'ils avaient entre 25 et 39 ans.
Cette baisse s'est confirmée dans les huit grandes agglomérations du pays, et elle était particulièrement marquée à Halifax, Toronto, Winnipeg et Vancouver.
Le phénomène Tanguy : rester chez papa maman
L'un des signes les plus visibles de cette crise d'accessibilité, c'est le retour (ou le maintien) prolongé des jeunes adultes au domicile parental.
En 2021, 16,3 % des millénariaux vivaient avec leurs parents, soit environ le double du taux observé chez les baby-boomers en 1991 (8,2 %). Chez les 25 à 29 ans, près d'un tiers (31,1 %) vivaient au domicile parental en 2021, contre 15,7 % en 1991.
Le phénomène est encore plus aigu dans les villes les plus chères. En 2021, la proportion de millénariaux vivant avec leurs parents était la plus élevée à Toronto (26,1 %) et à Vancouver (19,3 %).
La banque papa maman : un nouveau facteur d'inégalité
Pour ceux qui réussissent à acheter, l'aide familiale est devenue déterminante. Un nombre croissant de jeunes acheteurs comptent désormais sur des transferts de richesse intergénérationnels, la fameuse banque papa maman, pour faciliter l'achat d'une propriété.
Ce phénomène creuse une nouvelle fracture sociale : l'accès à la propriété dépend de moins en moins du seul mérite ou du revenu d'emploi, et de plus en plus du patrimoine des parents. Les jeunes issus de familles propriétaires partent avec une longueur d'avance considérable sur ceux dont les parents sont locataires.
Les causes profondes
Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cet éloignement du rêve immobilier chez les jeunes :
La hausse des prix et de la mise de fonds. La montée des prix entraîne une augmentation de la mise de fonds requise pour obtenir un prêt hypothécaire, ce qui retarde l'achat. Épargner pour une mise de fonds prend désormais beaucoup plus de temps qu'avant.
Le report de la vie de famille. Les jeunes de 25 à 29 ans en 2021 étaient 31 % moins susceptibles de vivre en couple ou avec des enfants qu'en 1991. Or, ce type de ménage est celui qui affichait historiquement le plus haut taux d'accession à la propriété.
L'allongement des parcours de vie. Études postsecondaires plus longues, entrée plus tardive sur le marché du travail, carrières prolongées : la proportion de personnes de 25 à 64 ans titulaires d'un diplôme postsecondaire est passée de 40 % en 2000 à 62 % en 2021. Les jalons de la vie adulte sont simplement repoussés.
La pression sur le marché locatif. Le marché locatif présente lui aussi des défis financiers pour les jeunes locataires depuis plusieurs années, ce qui complique l'épargne en vue d'un achat.
Le cas particulier de Montréal
Bonne nouvelle relative pour les jeunes Québécois : Montréal demeure plus abordable que les autres grandes métropoles canadiennes. Mais l'avantage s'érode rapidement. Un rapport de la firme McKinsey commandé par Centraide du Grand Montréal soulignait que l'accès au logement à Montréal demeure relativement plus abordable, mais que la situation s'y détériore plus vite qu'ailleurs.
Chez les 25 à 29 ans de Montréal, le taux de jeunes demeurant chez leurs parents est passé de 17,1 % en 1991 à 22,1 % en 2006, puis à environ 29 % en 2021. Le phénomène Tanguy y est bel et bien installé.
Ce que font les gouvernements
Face à cette crise générationnelle, Ottawa a déployé plusieurs mesures ciblant spécifiquement les premiers acheteurs, dans le cadre du Plan du Canada sur le logement :
Régime d'accession à la propriété (RAP) bonifié. Les Canadiens peuvent désormais retirer jusqu'à 60 000 $ de leur REER, sans impôt, pour acheter une première maison, avec un délai supplémentaire de trois ans pour rembourser.
Amortissement sur 30 ans. Depuis le 1er août 2024, les acheteurs d'une première propriété nouvellement construite peuvent obtenir un prêt hypothécaire amorti sur 30 ans, ce qui réduit les paiements mensuels.
Logements accessoires. Un nouveau programme de prêts à faible taux permet aux propriétaires d'ajouter un logement secondaire à leur maison, augmentant l'offre abordable.
Le CELIAPP (Compte d'épargne libre d'impôt pour l'achat d'une première propriété), lancé en 2023, complète ces mesures en permettant d'épargner à l'abri de l'impôt pour une mise de fonds.
Une génération résiliente malgré tout
Malgré ces obstacles, le désir de propriété reste fort. La majorité des jeunes Canadiens considèrent toujours l'accession à la propriété comme un bon investissement, et la génération Z ainsi que les jeunes milléniaux priorisent l'épargne, la constitution d'un bon dossier de crédit et la réduction des dépenses discrétionnaires pour y parvenir.
Le rêve immobilier n'est pas mort chez les jeunes Canadiens. Il est simplement repoussé, redéfini, et plus dépendant que jamais des circonstances familiales.
Ce qu'il faut retenir
L'accessibilité au logement pour les jeunes au Canada traverse un moment charnière :
- Les millénariaux sont moins propriétaires que les générations précédentes au même âge, un renversement historique
- Près d'un jeune de 25 à 29 ans sur trois vivait chez ses parents en 2021
- La banque papa maman devient un facteur d'inégalité majeur dans l'accès à la propriété
- Montréal reste plus abordable, mais se dégrade plus vite que les autres métropoles
- Les mesures fédérales (RAP bonifié, amortissement 30 ans, CELIAPP) visent directement les premiers acheteurs